Pierre-Joseph Cambon, est né à Montpellier en 1756, d'un riche marchand de toiles de coton. Il dirigea avec ses frères la maison de commerce de son père. Député suppléant aux Etats généraux, il obtint, au moment de la division de la France en départements, que Montpellier fût le chef-lieu de l'Hérault.
Lors de la fuite de Varennes, il demanda avec les autorités de l'Hérault, de proclamer la République.
Élu à la Législative, il se spécialisa dans les questions financières. Il fit décréter, le 9 février 1792, le séquestre des biens des émigrés. Député à la Convention, il surveille attentivement les marchés passés par le ministre de la guerre pour les fournitures militaires, fait casser les contrats signés avec ces fournisseurs par le général Dumouriez. Appelé au premier comité de salut public, il travailla à la réorganisation militaire.
Indépendant et courageux, il a dénoncé les appels de Marat au meurtre de septembre 1792, s'est opposé à la création du Tribunal révolutionnaire, n'a pas hésité à se placer au milieu des girondins, dont les sections demandaient l'arrestation le 2 juin 1793.
Membre du second comité de salut public, il s'attacha aux questions financières, fit supprimer la Caisse d'Escompte, la compagnie des Indes et toutes les sociétés par actions pour affranchir la République de la tutelle des financiers, fit fermer la Bourse et dissoudre la corporation des agents de change. Il propose, le 24 août, la création du Grand Livre de la Dette publique pour mettre un frein à la concurrence que les titres de créances royaux faisaient aux assignats et jeta les fondements de notre système financier actuel. Sévère contrôleur de la comptabilité publique, il exige de ceux qui manient les fonds publics une gestion sévère. Son contrôle infatigable tient lieu de la chambre des comptes supprimées ; il dénonce les marchés frauduleux de l'Espagne et la falsification du décret de liquidation de la Compagnie des Indes.
Exclu du comité des finances pendant la réaction thermidorienne, poursuivi à la suite de l'émeute du 1er prairial an III et accusé de conspirer contre la Convention, il put s'enfuir. Amnistié, il se retira à Saint-Jean-de-Vedas ; s'adonna aux travaux agricoles et mena, jusqu'en 1814, une vie paisible dans son village, refusant les fonctions que Napoléon lui proposa. Exilé en 1816, comme régicide, il se réfugia en Belgique et il mourut en exil en 1820. Ce financier indépendant et probe s'oppose nettement au juriste souple et complaisant qu'était son compatriote Cambacérès.