lundi 28 janvier
Les subventions royales
Au XVIIIe siècle, le charbon extrait des mines "sauvages" était surtout utilisé par les distillateurs de vins, les teinturiers et de multiples "fabriques". C'est ainsi que les mines de charbon de terre du Vigan alimentaient en combustible les fabriques de Ganges et de Montpellier. Au cours du siècle et à la suite d'un arrêt de la production, les industries locales durent faire venir le charbon de Marseille et en payant le prix fort. Pour remédier à cette aberration économique, un sieur Nicolas, de nationalité allemande et entrepreneur de mines au Vigan, vint taper à la porte des États du Languedoc pour demander des sous, des subventions, du secours. L'appel fut entendu. Le 2 janvier 1787, il était temps, les États lui accordèrent une gratification annuelle de 2 400 livres et pendant 8 ans à condition qu'il exploite et débite 40 000 quintaux la première année, 50 000 ma deuxième, 60 000 la troisième et les suivantes. L'effet de cet encouragement à la production se fit vite sentir : le prix du charbon de terre passa, à Montpellier, de 45 et 50 sols à 25 et 30 sols. Un même prêt et aux mêmes conditions fut également accordé au Sieur Blonde qui exploitait les mines de charbon de terre de Ségur dans le diocèse de Narbonne.
Image : La descente au fond (XIX siècle)
dimanche 25 novembre
La mythologie du vent
De salicorne en châtaigne, de seigle en olive, de vigne en blé, les étendues languedociennes sont battues par les vents au nom changeant et aux forces variables. Assurant la transition entre Méditerranée et terroirs, le marin imprègne les collines.
Le vent étant le mouvement de l'un des cinq éléments, nombreux sont les dieux de par le monde qui règnent sur lui. Le légendaire languedocien est gorgé de turbulences aériennes : le cers, la tramontane, le vent d'autan impriment à l'âme occitane ses étonnants mouvements. Du vent et des dieux à revendre sur les rives de mare nostrum ! C'est Eole en Grèce, berceau des vents. C'est Aquilon, soufflant depuis le Nord, rapide comme l'aigle mais froid et violent. Zeus Urios est celui qui envoie les vents favorables.
Poséidon avait confié le pouvoir sur les vents à son fils Eole (grec : Aiolos), dont le nom signifie "qui se meut sans cesse". Eole passa son enfance mouvementée en Italie du Sud, à Métaponte. Les anciens situaient la demeure des vents et donc aussi d'Eole sur l'île Lipari.
Les terres hellénique sont battues par l'Auster, le Notos, du sud, le Borée, le Cecias, du Nord-est, l'Euros, du sud-est, le Lips, du sud-ouest, le Sciron, du Nord-Ouest et le Zéphyr, de l'Ouest, ce vent doux et agréable, devenu brise légère presque doucereuse dans la parole de maints poètes.
En Inde, c'est le dieu Vanyu, dont le nom sanscrit nous rappelle l'origine indo-européenne de notre mot vent, que ce soit dans sa forme germanique wind ou latine vento. Le Mahabharata nous conte l'existence de Bhima, l'impétueuse fille du vent. Dans le Shivaïsme, le vent est l'un des cinq éléments avec la terre, l'eau, le feu et l'espace.
Dans la mythologie slave, le vent est l'apanage de Mokos.
Ehecatl, dieu du vent aztèque aiment les temples circulaires parce qu'ils n'offrent aucune résistance au vent. Quetzalcoatl, le serpent-oiseau, régnait pendant les jours appelés ehécatl (vent)
Jean-Pierre JUGE
mercredi 30 mai
Le sac de Béziers - 22 juillet 1209
Après avoir passé le Rhône, l'armée des Croisés, menés par l'abbé Citeaux, légat du pape, s'acheminait vers Béziers. L'évêque de cette ville, prévoyant le sort qui attendait les habitants, s'ils s'obstinaient dans leur résistance, les supplie de livrer leur place. Ceux-ci, albigeois ou catholiques, refusent.
Le récit suivant est tiré de la Chanson de la Croisade albigeoise, récit en vers, écrit en langue provençale par un clerc, Guillaume de Tudèle. (1)
Ce fut le jour de la fête de la Madeleine que l'abbé de Cîteaux amena son armée et la fit camper tout autour de la plaine. J'imagine qu'à cette vue le tourment et la peine grandirent dans le coeur des assiégés. Apprenez donc ce qu'ils faisaient, ces rustres, plus fous et plus niais que des baleines : brandissant leurs pennons (2) blancs, faits de vulgaire toile, ils couraient vers l'armée, en criant de toute leur voix. Ils pensaient les épouvanter comme on fait pour les oiseaux d'un champ d'avoine, en les huant à grands cris et en agitant leurs banderoles d'étoffe, le matin, quand brillait le jour.
Lorsque le roi des ribauds (3) les vit escarmoucher contre l'armée des Français, en poussant de grands cris, lorsqu'il les vit tuer et mutiler un croisé français qu'ils avaient renversé du haut d'un pont, il appela tous ses truands. A haute voix, ils s'écrièrent : "Allons, les assaillir !". Aussitôt dit ils se munissent chacun d'une massue ; ils n'ont pas d'autre engin je crois. Ils sont plus de quinze mille, ces va-nu-pieds. En chemises et en braies, ils vont entourer complètement la ville pour en démolir les remparts ; descendant dans les fossés, ils se mettent à les saper à coups de pics, tandis qu'une partie d'entre eux commencent à briser et mettre en pièces les portes. A cette vue, les bourgeois sont pris de peur. Les croisés de l'arme criaient de leur côté : "Allons tous nous armer !". Alors, vous auriez vu quelle mêlée pour pénétrer dans la ville. Force fut aux assiégés d'abandonner les remparts. Emmenant leurs femmes et leurs enfants, ils se rendirent à l'église et firent sonner les cloches. Rien ne pouvait plus les protéger... Les prêtres et les clercs revêtirent les mêmes ornements sacrés et firent les mêmes sonneries de cloches que s'ils allaient célébrer une messe des morts pour les funérailles d'un défunt. A la fin, les Bitterois, ne purent empêcher les truands d'entrer dans leur ville, et ceux-ci s'emparèrent de leurs maisons comme ils voulurent, car ils auraient pu en choisir chacun dix s'ils avaient voulu. S'étant échauffés, ils n'avaient pas peur de la mort ; ils tuèrent et massacrèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent, prirent et enlevèrent à foison les objets de valeur. Pour toujours ils en seraient enrichis s'ils pouvaient les garder ; mais, à bref délai, force leur sera de les lâcher, car les barons de France voudront s'en emparer, bien que ce soient eux qui les aient pris...
Les ribauds et leur roi avaient cru pouvoir se réjouir du riche butin qu'ils avaient fait et en être enrichis pour toujours. Aussi, quand ils s'en virent privés par les barons, crièrent-ils tous en masse, ces vauriens de truands : "Au feu ! au feu !" et allèrent chercher des torches, asses pour former un bûcher. Le feu se mit à la cité et l'effroi se répandit ; la ville entière brûla dans toute sa longueur et sa largeur.
samedi 10 février
Couic
18 février 1843, à Pézenas. Sur le planol, devant 20 000 personnes, exécution du bandit Jean Pomarèdes "la canaille de Caux" auteur de 58 agressions, 35 tentatives de vol, 5 tentatives d'assassinat dont 3 réussies. Il est onze heures du matin, ce samedi, jour de marché. Pomarèdes demande une tasse de café, le boit lentement et racle consciencieusement le sucre collé au fond à l'aide d'une petite cuillère. Il dit : "Je voudrais avoir les mains coupées". Il embrasse l'abbé Cellier qui lui enlève son bonnet noir de condamné. Il se jette sans hésitation sur la planche ; elle bascule ; le couperet tombe. Il est onze heures et quart. Il sera enterré à côté d'un autre condamné guillotiné en 1815, sur le pas de la porte du cimetière local pour que tous les passants marchent sur son cadavre. Une demoiselle Rigal dite "La Sainte" sera inhumée selon ses voeux auprès de lui plusieurs années plus tard.
lundi 29 janvier
Le canal du Midi
Et Riquet inventa le canal du Midi
De part sa fonction -il était fermier de la gabelle sous le règne de Louis XIV- Pierre Paul Riquet connaissait bien son Languedoc. Une idée mûrissait dans sa tête : il devait pouvoir réaliser ce vieux rêves des hommes : rallier par voie d'eau les deux mers, la Méditerranée, à l'est, et l'Atlantique, à l'ouest. Il adressa à Colbert, le contrôleur général des finances du roi, une lettre en date du 15 novembre 1662, où il démontrait "que le canal est faisable". Il rencontra le roi, persuadé que Louis XIV, qui avait l'ambition de donner son nom au siècle, ne lui refuserait pas son accord. C'était bien vu. Un arrêt du Conseil, du 18 janvier 1663, ordonna l'envoi d'une commission d'enquête en Languedoc pour vérifier la pertinence du projet. Louis XIV, sur les conseils de Colbert, accepta la proposition de Riquet, malgré les railleries et les sarcasmes qui ne manquèrent pas de fuser dans les salons royaux où la "Rigole à Riquet" faisait les frais des conversations oisives des courtisans. Dès 1666, Riquet fut à pied d'oeuvre. Avec des moyens dérisoires, il devait vaincre tous les obstacles et construire un des plus extraordinaires ouvrages d'art du XVIIe siècle. Il dut alors résoudre deux problèmes les plus aigus qui se posaient à lui. D'abord trouver un financement suffisant pour couvrir les frais d'achat des matériaux, toujours choisis dans la meilleure qualité, et le paiement des salaires des ouvriers qu'il voulait élevés et attractifs. Puis, trouveer des solutions techniques efficaces pour aplanir les immenses difficultés que supposait le percement de la voie d'eau. La question la plus délicate restait, sans conteste, l'alimentation en eau du canal. Il traça un réseau de rigoles, qui, convergeant jusqu'au point naturel de partage des eaux au seuil de Naurouze, devaient maintenir un niveau d'eau constant dans l'ensemble des biefs. Il décida de faire creuser un "magasin d'eau" à Saint-Ferréol. Les travaux débutèrent le 15 avril 1667 en présence de l'archevêque de Toulouse. Il lui fallait prévoir les écluses,
pour compenser la pente comme à Fonserannes près de Béziers, des tunnels, pour s'affranchir des obstacles incontournables comme à Enserune, des ponts-canaux, pour améliorer l'intersection avec les rivières qui coupaient le tracé du canal et, enfin, choisir un exutoire maritime au canal par l'étang de Thau et le port de Sète. En 1680, la mort surprit Riquet alors qu'il était en passe d'achever "le plus beau et plus noble ouvrage jamais entrepris" comme écrira Vauban. Trois cents ouvrages d'art sur un ruban d'eau de deux cent quarante kilomètres, c'est son oeuvre, inscrite, depuis 1996, au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.
L'écluse de Guerre, près de Saint-Martin-Lalande
samedi 23 décembre
L'ombre de Richelieu
Pendant un séjour à Pézenas en 1629 Armand-Jean du Plessis de Richelieu choisit l'abri du cap d'Agde pour y construire un port qui devait porter son nom. En Octobre 1632 il vint en reconnaître l'emplacement. Ce grand projet aurait relié la côte par une vaste digue à l'île de Brescou dont les canons auraient défendu les abords. Le Cardinal dicta ses ordres et ouvrit sa bourse : "On tiendra continuellement deux cents hommes pour tirer et rompre la pierre, trente charrettes attelées à trois mulets chacune, si tant on en peut employer travailleront incessamment à transporter le pierre et dix bateaux plats ou allégés serviront au même effet."
En 1642 la mort du Cardinal de Richelieu fut une grande perte pour les Agathois. Richelieu disparu, les Etats du Languedoc refusèrent de contribuer au financement de la suite des travaux, et la ville ne pouvant s'en charger seule, le projet fut abandonné, au profit de Sète qui fut choisie par Louis XIV pour devenir un grand port méditerranéen.
L'anse du port s'ensabla très vite et le môle qui s'avançait à plus de 600 mètres vers la mer n'a plus aujourd'hui que 200 mètres, environ, de long. Cette digue inutile appelée la jetée de Richelieu est tout ce qu'il reste du grand projet.
jeudi 30 novembre
Un charivari à Gignac au XIII siècle
(Mémoire du Chevalier de Laures)
Le charivari défendu par les ordonnances, souvent toléré dans les principales villes de la province, est un divertissement bizarre recherché de nos habitants. Ils promènent dans les rues le simulacre des personnes qui convolent à de secondes noces. Une troupe de jeunes gens, connue sous le nom de "cour coculaire", forme un cortège nombreux. Elle a à sa tête des suppôts qui donnent du cor de mer, d'autres qui portent de grandes cornes de bouc qu'ils font baiser en signe de fraternité de cocuage aux hommes mariés qu'ils rencontrent sur leur chemin. Un (faux) viguier, un juge, un greffier, des huissiers (fictifs) les accompagnent. Arrivés à la porte des nouveaux conjoints, ils écoutent les plaignants, donnent des sentences et dressent les procès de ceux qui contreviennent aux règlement qu'ils se sont imposés. Brocarts, huées, chansons ne sont pas ménagés. Le menu peuple en fait le refrain au bruit confus des poêles ? des chaudrons ? des marmites et des clochettes. Les charivaris pouvaient aller très loin et durer toute une année. A Gignac même, un jeune marié poursuivi jusque sur le toit de sa maison et abondamment insulté par le tuyau de la cheminée, en mourut "consummé de chagrin". La maison de ceux qui osaient protester était tapissée de têtes de mules, de mâchoires d'âne, de cornes de bouc et de carcasses d'animaux... (charmant, tout cela) Ce siècle-ci, est tout de même, plus discret....
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mercredi 22 novembre
La Chapelle Notre-Dame de Grâce et ses miracles
Le 8 septembre 1360, hors des murs de la ville, un gignacois aveugle et sourd de naissance aurait guéri au contact d'une petite statuette de la Vierge trouvée près d'une croix plantée par l'évêque de Béziers, quelques temps auparavant.
Sur l'emplacement de ce miracle, la communauté de Gignac fait ériger une petite chapelle renfermant la statue relique. Un courant de pélerinage régional converge en ce lieu désormais célèbre.
Après 1560 et pendant plus d'un demi-siècle, les guerres de Religion perturbent la fréquentation du sanctuaire. Gignac, foyer d'accueil des protestants, connaît de fortes turbulences. Tous les édifices religieux sont détruits. Après 1578, la chapelle Notre-Dame-de-Grâce est rebâtie une première fois ; mais malgré la résistance des fidèles, elle est saccagée à nouveau en 1622.
Grâce à la volonté des catholiques, et aux soins attentifs de religieux récollets, qui s'installent à ses côtés dans un couvent, la chapelle est rebâtie, plus vaste, avec une façade dont la décoration s'inspire de la renaissance italienne. "Miracles" et pélerinages se multiplie pendant deux siècles. La Révolution perturbe la fréquentation du sanctuaire et disperse les derniers récollets.
Le couvent des Récollets
Après la Révolution, le couvent des Récollets, est loué par la commune à deux prêtres qui le transforment en un pensionnat secondaire de 1846 à 1872.
Ecole primaire privée puis publique de garçons jusqu'en 1910, les locaux sont vendus par la commune en 1917 pour y installer une communauté de religieuses du Carmel Saint-Joseph.
Aujourd'hui vous pouvez vous rendre à Notre Dame de Grâce, vous trouverez à l'intérieur des plaques de remerciements pour les voeux qui furent exaucés, et elles ne sont pas toutes exposées ! Vous pourrez vous aussi faire votre voeux une "niche" ronde vous permet de glisser votre main pour toucher la statuette. Vous avez aussi à l'entrée de l'église un grand cahier dans lequel vous écrivez votre voeu et des prières seront dites pour vous par les soeurs du couvent.














































