Dans la rue l'air sent bon le poisson grillé, les anguilles ou les farcis de moules, d'encornets et les tielles. Les marins-pêcheurs habitent la rue haute et regardent avec indifférence le pêcheur de l'étang pour qui la Pointe-Courte est devenue un petit paradis. C'est que la Pointe-Courte est une presqu'île qui forme une véritable communauté, dès la fin du XIX siècle. Après des débuts difficiles, dans des baraques provisoires, en 1912 déjà, les habitations ont été reconstruites en dur et les cabanes de planches ne subsistent plus que pour abriter les outils. Les bords du canal commencent à être moins dangereux, surtout pour les femmes et les enfants, ainsi qu'en 1877 une pétition, adressée au maire de Cette, les décrivait : "impraticables la nuit à cause des nombreux visiteurs qui y font des dépôts de toute nature".
Les habitants de la Pointe-Courte s'enracinent dans cette bande de terre entre ciel et eau. Ce sont pour la plupart des gens d'origine languedocienne, contrairement au milieu des marins où se trouve une très forte majorité d'italiens originaires de Naples ou de Gaète intégrés à la vie locale par leur naturalisation rapide mais qui maintiennent de vives traditions familiales de leur pays d'origine. 

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L'isolement physique de cette bande de terre accentue la solidarité de cette population déjà ethniquement homogène et qui vivant primitivement sur la plage, attendant tout de la mer, s'est trouvée rejetée lors des travaux de construction de la voie ferrée, du côté de l'étang.
En 1871, lors du recensement, on y dénombre vingt-six familles soit cent deux individus, obligés de vivre dans une grande précarité puisque les autorités ne leur accordent pas encore le droit de construire une habitation. Mais qu'importe, habitués aux rigueurs, les habitants de la Pointe-Courte seront 328 en 1911. C'est une période de prospérité ; le poisson est abondant et se vend bien car Cette est en pleine croissance. De grands travaux y attirent une main d'oeuvre nombreuse qu'il faut  nourrir ; les patrons des fabriques de wagons-foudres, de barriques, les négociants en vins, les fabriquants d'apéritifs, etc.., tiennent le haut du pavé.