Revenu à lui, Arnaud s'empresse d'accomplir tout ce que lui a dit l'Apparition. Il rentre dans son humble maison et raconte à sa femme et à son père ce qui vient de se passer. Accompagné de celui-ci, il va frapper à la porte du presbytère. Ce n'est pas encore l'heure de la grand'messe ; le curé, M. Coste, le reçoit et l'écoute.
Voici ce qu'à écrit ce dernier sur cette visite inattendue :
"Arrivé depuis deux mois environ dans la paroisse avec ma vie habituellement sédentaire et très retirée, je ne connaissais personne. En présence de ce personnage singulier et de sa narration plus étonnante encore, je me demandais si j'avais à faire à un imposteur ou à un fou. Il me dit : qu'il avait vu la Sainte Vierge ; et me décrivit en termes clairs et précis la scène qui venait d'avoir lieu à sa vigne, tout ce que lui avait dit la vision paraissait gravé avec précision dans sa mémoire.
Pendant qu'il parlait, je l'examinais avec toute l'attention possible ; j'affirme qu'il était très calme, pas la moindre surexcitation, pas le plus petit enthousiasme. Il parlait patois, il était simple dans ses paroles, sans être vulgaire.
La narration finie, l'ayant laissé parler jusqu'au bout sans dire un seul mot, je lui dis très clairement que je ne croyais pas à son récit, qu'il me disait des choses fort extraordinaires, incroyables même, des choses que je ne pouvais pas accomplir sans l'ordre et la permission de Monseigneur l'Evêque et que, certainement, la Très Sainte Vierge ne voulait pas que je désobéisse à mes supérieurs. Et puis, ce travail du Dimanche, le jour de la Sainte Trinité... Comment la Sainte Vierge pouvait-elle lui apparaître, se montrer si bonne à son égard, lorsque dans sa conscience, il était en révolte contre son divin Fils, puisqu'il profanait par le travail le jour qui lui est spécialement consacré.
Au mot profanation, un sentiment pénible saisit Arnaud dans toute sa personne, sa figure pâlit, un frémissement s'empara de tous ses membres.
La visite d'Arnaud dura un quart d'heure, vingt minutes au plus, ajoute M. le Curé de Saint-BauzilleSaint-Bauzille. En l'accompagnant jusqu'à la porte, je l'engageai à garder le silence sur tout ce qu'il venait de me dire, lui répétant et l'assurant, avant de nous quitter, que je ne croyais pas à son récit ; s'il n'était pas un imposteur, il était au moins dans l'illusion et je ne ferais rien de ce que sa prétendue vision demandait de moi. Et cependant, je dois le dire, Arnaud, en me quittant, me paraissait satisfait.
Il n'y avait ni inquiétude, ni préoccupation sur sa physionomie ; au contraire, voici ses dernières paroles plus affirmatives que jamais ; je cite textuellement :
"Moi, je ne vous dis pas, monsieur le Curé, de désobéir à votre Evêque... Moi, je ne sais pas si vous pouvez faire ces choses ou si vous ne pouvez pas les faire...
La Sainte Vierge m'est apparue réellement tout à l'heure et je sais que je l'ai bien vue, puisque je la voyais comme je vous vois, vous-même là, que je l'entendais me parler comme je vous entends me parler.
La Sainte Vierge m'a dit ces choses et m'a ordonné de venir vous les dire ; et, sur son ordre, je suis venu et je vous les ai dites, et je suis content de vous les dire et si je fais, comme je le ferai, tout ce qu'elle m'a commandé, je suis sûr que je la reverrai de nouveau, comme elle me l'a promis."
Sur ce, nous nous séparâmes. Arnaud, accompagné de son père, revint chez lui.
Bien que peu encouragé par la réception de son curé, homme de prudence, obligé par devoir à se montrer particulièrement discret, Auguste Arnaud se mit, dès le lendemain, lundi 9 juin, à accomplir ce que la Vierge lui demandait.
De bon matin, il fit façonner une croix en bois par le menuisier de son village et la porta, le soir de ce même jour, à l'endroit indiqué par Marie. Malgré qu'il fut pauvre, il commanda à ses frais, à Montpellier, une croix en fer sur le modèle indiqué par l'Apparition. Le tout devait être prêt pour le 8 juillet, jour désigné pour la deuxième visite. Il avait clairement manifesté qu'il voulait sur la Croix une Vierge à la place du Christ.
Enfin, accompagné de quelques parents, il allait, le lendemain, en pèlerinage à Sainte-Antoine et, quinze jours après l'Apparition, un dimanche, à Notre-Dame de Gignac.
Ce n'était pas assez ; dans la semaine qui suivit il se jeta aux pieds de M. le Curé, se confessa avec componction et voulut communier.
Pendant ce temps, le bruit de ces évènements merveilleux se répandit dans toute la haute vallée de l'Hérault ; on ne parlait plus que d'Arnaud et de la Vierge."

Suite : Deuxième Apparition