Le dimanche 9 juin 1907, plus de 500 000 personnes participent à la manifestation de Montpellier, point d'orgue du mouvement des viticulteurs du Midi.
Marcellin Albert, à l'origine du mouvement 3 mois plus tôt avec les "87 d'Argelliers", y fait un discours lyrique et inspiré, alors que le mouvement en appelle à la désobéissance civique. Et comme chaque fois, il achève son discours en cristallisant l'opposition à la fraude :
"Ce n'est pas sans une indicible émotion et après l'inoubliable cortège qui vient se se dérouler dans cette ville admirable de Montpellier, que je me trouve en face de tous mes frères de misère qui, depuis les points les plus extrêmes de notre Midi malheureux, sont venus se presser jusqu'au pied de cette tribune. Il y a trois mois, trois mois à peine, j'étais seul, seul, entendez-vous bien, à n'attendre notre salut que d'un soulèvement général de la conscience méridionale ; j'étais seul à rêver d'un Midi qui se lèverait comme un seul homme pour dire à la France entière : "Nous ne sommes pas des parias, il faut que cela finisse". (...)
"Huit cent mille hommes sont là. C'est l'armée du travail la plus formidable qui se soit jamais vue. Elle est pacifique, certes, mais résolue à tout. C'est une armée de "gueux". Elle n'a qu'un drapeau, celui de la misère ; elle n'a qu'un but, la conquête du pain. Plus que jamais, restons unis sans distinction de classe. Pas de jalousie ! Pas de haine ! Pas de politique ! Tous au drapeau de la Défense viticole !
Le Midi si florissant, le Midi si fertile se meurt. Au secours !
Camarades, unissons-nous tous, que le sang gaulois circule dans nos veines et dans un élan fraternel écrivons une belle page d'histoire méridionale.
Toutes les générations futures viendront s'y retremper pour la défense de leurs droits, de leur indépendance, de leur liberté. Êtes-vous d'avis qu'il faut prendre des mesures énergiques ? Êtes-vous résolus à ne plus payer d'impôts ? Qu'on ne vienne donc plus dans nos communes chercher ce que vous n'avez pas.
Il me reste à faire devant vous un second geste : vous avez décidé à la réunion de Béziers, par un ultimatum qui, aujourd'hui, vient à échéance, que toutes les municipalités des départements fédérés devront démissionner dans trois jours, si nous n'avons pas satisfaction. L'heure est venue. Le citoyen Ferroul vous donne l'exemple. La démission de toutes les municipalités est proclamée. Vive à jamais le Midi ! Vive le vin naturel !"
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Marcellin Albert, transporté lors de son discours sur l'Esplanade à Montpellier.
"C'était fou, sublime et terrifiant" écrira le journaliste du Figaro.