"...tous ces gens illec attroupez sont armez d'une mesme sorte de pique laquelle est ainsi faite que pour tant de coups qu'on en rue contre les taureaux, elle ne les offance point, ni les blessures ne pénètrent trop avant dans le corps... Toute la matinée employée à marquer ces jeunes taureaux, le festin s'appreste très bien aux dépens du maître où les conviez (fors les plus apparans, lesquels faisant porter leurs vivres après eux font leur ordinaire à part) ne pensent qu'à s'egayer.
Couchez sur l'herbe verte, selon que dit le poète, ils boivent d'autant à toi, père Bacchus. Le vin, les viandes et le hâle leur donnent ja sur la teste, en sorte que, ne pouvant plus durer, ils crient tous d'une voix qu'on fasse venir le taureau... Le Taureau, sans que pour ce il relache rien de sa fougue, abbat, renverse, atterre tout ce qui lui vient en rencontre. Lève en l'air un autre qu'il laisse choir d'une grande secousse. Bref, chacun est contraint de souffrir le même risque. Les taureaux ne pouvant autrement accueillir un hommes avec les cornes..."

Quinqueran de Beaujeu - "La Provence louée" - 1551